Pourquoi tant d’agressivité sur les médias sociaux

Combattre le fléau social et humain de l’agressivité

Une adolescente harcelée par médias sociaux interposés se suicide laissant une famille meurtrie à jamais.

Une personnalité publique est lynchée parce qu’elle a publié une vidéo qui a été mal interprétée (à tort ou à raison) au point qu’elle en décide de fermer son compte Instagram.

Des supporters qui s’insultent sur un journal en ligne lors d’un match opposant leurs équipes préférées.

Une personne qui poste un message anodin sur son compte Facebook et voit arriver un inconnu qui l’accuse de tous les crimes du monde.

Les exemples sont multiples, journaliers, apitoyants et parfois dramatiques.

Nous voulons contribuer à une meilleure gestion de l’agressivité et diminuer ce fléau social et humain.

 

Gestion agressivité sur les médias sociaux

Cro-Magnon sors de ce corps !

Une étude scientifique a essayé de comprendre pourquoi une personne a beaucoup plus tendance à être agressive lorsqu’elle est seule au volant de sa voiture que lorsqu’elle est à pied au milieu d’un groupe de piétons.

La conclusion de l’étude est toute simple. Dans notre cerveau existe une fonction d’auto-contrôle qui s’active pour éviter que nous ne soyons grossier, violent, désagréable. Cette fonction qui nous aide à gérer notre agressivité se déclenche beaucoup plus facilement quand nous avons conscience de la présence d’autres personnes autour de nous.

Lorsque nous nous sentons observé, nous nous civilisons. Quand nous avons l’impression que personne ne nous observe, Cro-Magnon ressort.

 

  • Les médias sociaux, une belle occasion d'être agressif

    La plupart des personnes qui utilisent leurs médias sociaux perdent sans doute de vue que leurs propos sont vus par de nombreuses personnes. Cro-Magnon se sent libre de sortir.

    L’utilisation d’un pseudo qui permet de cacher sa véritable identité agit comme une cape d’invisibilité. Le personnage que je joue avec mon pseudo peut être haï mais on ne saura jamais que c’est moi qui me suis camouflé derrière.

    Nos fonctions d’auto-contrôle ont bien de la peine à rester allumées. C’est la porte ouverte à l’agressivité.

     

  • Qu'est-ce qui déclenche l'agressivité - qu'est ce qui met le feu aux poudres ?

    Tout provient de la nature ancestrale de notre cerveau.

    Dans la nature, réagir vite est une condition essentielle de survie.

    Vous voyez un lion, à quelques mètres de vous, vous savez que c’est un animal dangereux, vous prenez vos jambes à votre cou. Vous croisez un lapin, vous savez que c’est comestible, vous lui courrez après pour essayer de l’attraper. Si vous réfléchissez avant de réagir, le lion a plus de chance de vous attraper et le lapin de s’échapper.

    Donc, dans la nature, si vous réfléchissez, vous risquez de mourir (mangé ou de faim). Par contre, si vous réagissez sans réfléchir, vous augmenterez vos chances de survie.

    Et pour réagir vite, nous nous créons des a priori : un lapin c’est bon, un lion c’est dangereux. L’homme a pris l’habitude, comme espèce, de se créer des à priori et de les suivre.

    Aujourd’hui, nous utilisons des smartphones et nous conduisons des voitures mais notre cerveau n’a pas évolué. Les a priori continuent à générer de nombreuses réactions spontanées : « ceux du club d’en face sont des abrutis », « les gens qui pensent cela sont dangereux »…

    Si nous avons un a priori positif sur une personne, un mouvement social, politique, social, religieux, une mode, un courant musical… nous accueillerons tout message favorable à celui-ci avec enthousiasme car il nous renforce dans nos a priori.

    Tout message qui pourrait apparaître comme une remise en cause d’un de nos à priori va être reçu avec une forte résistance et susciter des mécanismes de défense. Et la meilleure défense étant l’attaque, ce message risque d’être accueilli avec agressivité.

    Ainsi, certains sujets que vous abordez sur les réseaux sociaux risquent de stimuler des réactions non réfléchies parce que, sans nécessairement le savoir, vous bousculez les a priori d’une personne.

     

  • Un cercle vicieux

    La personne qui rentre dans ce genre de fonctionnement va se mettre à juger sans aucune prise de recul. Son besoin n’est pas de mieux comprendre l’autre ou un point de vue différent. Son besoin est de se renforcer dans ses a priori et son système de croyances. Elle va donc affirmer son point de vue sans prise de recul et avec force, rejeter des avis contraires et couvrir d’anathèmes le malheureux qui oserait avoir un avis divergent (même si parfois cette personne n’a pas tout à fait compris votre message ou l’a interprété à sa façon).

    Le problème c’est qu’en faisant cela, cette personne se renforce dans son système de croyances.

    A force de rejeter les idées des autres, elle devient de moins en moins ouverte à considérer une idée différente de la sienne. Ses réactions face à une personne qui ne pense pas comme elles vont être de plus en plus allergiques.

     

  • Pourquoi cette tendance à critiquer les autres ?

    Il existe une façon d’augmenter son estime de soi qui est périlleuse, fatigante et dont les résultats ne sont pas garantis : réaliser quelque chose de positif qui ait de la valeur à vos yeux, gagner le respect des autres, améliorer ses points faibles, se développer, se réaliser. Ce n’est pas une solution facile, elle nécessite beaucoup d’énergie et les résultats sont hasardeux.

    Il en existe une autre beaucoup plus économique en efforts et aux résultats garantis : abaisser les autres. La rumeur, la critique, le dénigrement viennent au secours de la personne qui éprouve le besoin (souvent inconscient) d’améliorer son image d’elle-même. Et certaines personnes s’en sont fait une habitude de vie.

    Le problème, c’est que cette solution marche mais pendant peu de temps. Vous êtes donc obligé d’y recourir souvent pour garder l’effet. Comme pour une cigarette, il y a risque d’accoutumance.

     

  • Brûler la sorcière

    De tout temps, les groupes humains ont eu besoin de lapider une femme infidèle qu’elle le soit réellement, ou que ce soit juste un fantasme ne change pas grand-chose au destin de la malheureuse (dans certains endroits cela se fait toujours). A la lapidation a succédé le brulage des sorcières. La guillotine est venue un peu plus tard.

    En fait, trouver un ennemi commun au groupe est la meilleure stratégie pour le souder. En brûlant une sorcière ou en lapidant un infidèle, une femme réputée infidèle, on élimine les personnes qui peuvent être un danger pour le groupe et on resoude celui-ci autour de valeurs communes.

    Aujourd’hui, adieu les pierres et les buchers, le lynchage est médiatique. Tel personnage public fait une blague malheureuse, tient des propos ambigus, commet une erreur et il va être lynché dans les médias et sur les réseaux sociaux.

    Le lynchage est sans doute plus soft mais la personne peut le subir tout le restant de sa vie.

     

  • Que faire ?

    Gérer l’agressivité sur les médias sociaux est affaire d’éducation, de développement de son intelligence émotionnelle.

    Voici trois conseils pour mieux gérer votre propre tendance à être agressif ou gérer l’agressivité de vos proches.

    1. Rappelez-vous qu’il y a toujours une personne (et même parfois des milliers) de personnes en face de vous. C’est un peu comme si vous étiez grossier au milieu d’une foule.
    2. Posez-vous la question de savoir ce qu’un avis différent du vôtre peut vous apporter comme richesse.
    3. Demandez-vous ce que vous pouvez faire de positif de cette différence. Vous pouvez faire plein de choses positives d’un désaccord avec quelqu’un d’autre, mieux comprendre pourquoi ce point de vue vous touche, relativiser vos a priori, apprendre à réagir positivement lorsque vous êtes touché, ne pas vous laisser entraîner dans l’agressivité…